• Black Lives Matter 3Alencontre vient de mettre en ligne un nouvel article, signé Keeanga-Yamahtta Taylor, qui revient surles récentes révoltes aux Etats-Unis pour les situer dans le cadre d’une analyse plus large de la situation des noirs  :

« Pour la seconde fois en neuf mois, les Etats-Unis ont été ébranlés par le soulèvement de jeunes Afro-Américains en réponse au meurtre par la police d’un jeune Noir. En août dernier, la rébellion à Ferguson (Missouri) attira l’attention du monde sur la crise mêlant «maintien de l’ordre» et racisme aux Etats-Unis. Mais là où Ferguson plaça le racisme policier sur le devant de la scène de la politique américaine, la rébellion de Baltimore (avril) a transformé cette conscience générale en une crise politique majeure.

Ferguson est une petite localité périphérique de Saint-Louis [320'000 habitant·e·s], dans l’Etat du Missouri, qui compte seulement 20’000 habitant·e·s. Il s’agit d’une périphérie habitée principalement par des Afro-Américains qui sont brutalement gouvernés par une machine politique blanche. Bien que 67% de la population de la ville soit noire, 50 des 53 policiers de Ferguson sont blancs. Le maire et tous les conseillers municipaux, à l’exception d’un seul, sont blancs. Ainsi, l’affrontement à Ferguson ressemblait plus étroitement aux dynamiques raciales de Sud de Jim Crow [1] que ce que vivent la plupart des Afro-Américains des grandes villes américaines. C’est la raison pour laquelle le soulèvement de Baltimore est potentiellement plus dangereux que la lutte de Ferguson. Baltimore n’est pas une petite (ou marginale) communauté suburbaine qui peut être présentée comme une localité qui n’est simplement pas montée dans le train du présent. Au contraire, il s’agit de la 26e plus grande ville des Etats-Unis, comptant une population supérieure à 600’000 personnes dont 63% sont Afro-Américains. A la différence de Ferguson, des fonctionnaires et des représentant·e·s (élus) noirs contrôlent l’appareil politique de Baltimore. La maire est noire. Le chef de la police est noir, tout comme le sont la moitié des policiers. Le directeur des écoles publiques est noir. Ainsi le conseil municipal, y compris son président, est composé d’Afro-Américains pour plus de la moitié. Il s’agit d’un élément crucial pour comprendre la crise politique provoquée par ce soulèvement en particulier. A Ferguson, un élément central des débats politiques ainsi qu’un objectif des activistes locaux portaient sur l’augmentation du nombre de représentant·e·s noirs à des postes publics, ainsi que sur le recrutement d’un nombre supplémentaire de policiers noirs. Baltimore, cependant, a démontré de manière spectaculaire les limites flagrantes d’une telle stratégie et, ce faisant, a mis en évidence le mensonge selon lequel les Etats-Unis seraient aveugles aux différences de races (colorblind) ou même serait une société poste-raciale. L’affirmation permanente des Etats-Unis comme leader du monde libre est par là minée. »

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  • Sur le même sujet, une analyse plus historique parue dans la revue mensuelle du NPA : Etats-Unis : Les émeutes, la révolte et la classe ouvrière noire cliquer ici.
  • Voir également, l’article paru sur le site de l’Alternative Libertaire : Mettre le feu à la corde (à Baltimore et ailleurs) c'est par ici.