Dix ans après les émeutes de l’automne 2005, déclenchées par l’assassinat de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, Sylvie Tissot, du collectif «  Les mots sont importants »,  réfléchit sur la construction du concept de « quartiers sensibles » :

Zyed et Bouna

« Retour sur une émeute

À propos de la construction politique et médiatique du « problème des quartiers sensibles »

Dix ans après les "émeutes" de Clichy-sous-bois, huit ans après celles de Villiers-le-Bel, médias et politiques s’intéressent à nouveau au fameux "problème des quartiers sensibles" – connu aussi sous le nom de "mal-être des banlieues". Et comme en 2005, comme en 2007, comme déjà en 1990 au moment de l’émeute de Vaux-en-Velin, le problème est toujours posé en des termes vagues et biaisés, entre misérabilisme et fuite en avant dans le sécuritaire. Si quelques médias et personnalités de gauche refusent la thèse d’une "radicalisation islamique" largement relayée (de Manuel Valls à Malek Boutih en passant par l’extrême droite plurielle UMP-FN), et rappellent la situation économique désastreuse qui règne dans ces quartiers, directement liée à une politique économique de "rigueur", moins nombreux sont ceux et celles qui reviennent sur une autre lame de fond : celle du racisme et des discriminations, du contentieux entre la police et les jeunes, contentieux qui s’élargit maintenant aux femmes musulmanes portant le foulard [1]. Même si ces dernières n’étaient pas à ce point, en 1990, les cibles de l’islamophobie qui déferle aujourd’hui, il est intéressant de revenir sur la réception médiatique et politique des émeutes de Vaulx-en-Velin, qui constitue un moment charnière dans la construction d’un "problème social". C’est ce que propose le texte qui suit, extrait d’un livre paru en 2007 au Seuil, dans la collection Liber, L’Etat et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique [2], et repris dans le recueil Les mots sont importants. 2000-2010. »

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