Une Réponse socialist ( au sens anglo-saxon du terme ) au discours d’investiture de Donald Trump.

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Kshama Sawant, élue socialiste au conseil de la ville de Seattle, a directement réagi au discours de Donald Trump. Dès l’annonce de sa victoire, Socialist Alternative s’est très activement engagé dans l’organisation de la résistance contre Trump et son discours de haine raciste et misogyne, sans éviter pour autant de dénoncer le système capitaliste lui-même de même que la responsabilité du Parti démocrate, dont la politique antisociale a ouvert la voie à la victoire de Trump.

Hier, entre 3 et 4 millions de personnes ont manifesté contre Trump à travers les Etats-Unis tandis que des dizaines de milliers d’autres avaient également battu le pavé la veille, notamment dans le cadre des grèves étudiantes appelées par les Socialist Students, l’organisation étudiante de Socialist Alternative. Tout cela n’est encore qu’un début, la lutte se poursuivra contre Trump, le racisme, le sexisme, l’homophobie et le capitalisme.

Réaction de Kshama Sawant :

Soeurs et frères,

Donald Trump est dorénavant Prédateur en Chef et dirige une des administrations les plus dangereuses et les plus à droite de l’histoire des Etats-Unis.

Lors de son discours d’investiture, il y a quelques minutes, Trump a affirmé que son gouvernement suivrait une voie juste et qu’il serait un gouvernement en faveur du peuple. Que les hommes et les femmes oubliés ne seront plus oubliés. Qu’il va créer des écoles, et de bons emplois pour tous en redonnant prospérité aux travailleurs américains.

Mais, sœurs et frères, Trump est un menteur et un escroc. Son administration comprend les pires fumiers de la classe des milliardaires, des réactionnaires religieux de droite et de l’élite des entreprises.

Il ne dispose d’absolument aucun mandat pour appliquer son agenda haineux, anti-travailleur et misogyne. Trump entre à la Maison Blanche avec le plus faible taux de soutien d’un président américain entrant en fonction, aux alentours des 40%. Mais les sondages ne suffiront pas pour l’arrêter.

Trump et la classe des milliardaires ne comprennent qu’une chose: le pouvoir. Notre tâche primordiale est de construire le pouvoir des 99% – les travailleurs et tous ceux qui sont marginalisés par l’élite capitaliste.

En tant que socialiste, je rejette complètement le compromis de l’élite libérale qu’Hillary Clinton a parfaitement exprimé quand elle a dit, après l’élection, que ‘‘Trump mérite notre soutien’’ et que nous devrions ‘‘lui donner une chance’’. Nous ne pouvons pas non plus attendre les élections de 2018 et de 2020 pour dégager les Républicains.

Trump peut être vaincu si nous construisons une résistance massive dès maintenant. L’histoire est remplie d’exemples de gouvernements de droite contraints de reculer partiellement ou totalement face aux mouvements de masse.

Aujourd’hui et ce week-end, des manifestations, des marches de masse et des grèves étudiantes se déroulent partout, tant dans le pays que dans le reste du monde. Des centaines de milliers de personnes, peut-être des millions, protesteront pour envoyer le puissant message que nous sommes prêts à lutter contre Trump et la classe des milliardaires.

Mon organisation, Socialist Alternative, s’est retrouvée à l’avant-garde des protestations contre Trump dès le début. Nous avons appelé à des manifestations dans les grandes villes du pays le lendemain des élections et avons mobilisé plus de 50.000 personnes dans les rues.

Pour ce week-end d’investiture, Socialist Alternative aide à organiser des manifestations et des protestations étudiante dans des dizaines de villes, qui doivent être un tremplin pour notre résistance. Pour vaincre Trump, il nous faut un mouvement de masse reposant sur l’unité maximale dans l’action et sur la force sociale de la classe ouvrière.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Pour répondre aux attaques vicieuses de Trump, nous avons besoin d’un mouvement combatif et déterminé. Nous avons besoin d’un mouvement qui cherche à mobiliser les millions de personnes que l’on n’écoute jamais au travers de la lutte collective, en construisant, via des structures de base démocratiques, notre propre mouvement indépendant des deux partis de Wall Street.

Une protestation timide et symbolique ne suffira pas. Il nous faut organiser une désobéissance civile de masse et non-violente. Des manifestations de dizaines de milliers de personnes peuvent bloquer les autoroutes et trouver d’autres manières de stopper le «business as usual». Il nous faut aussi des actions de masses, pacifiques et directes pour bloquer les tentatives d’expulser nos frères et sœurs migrants.

Pour inciter un grand nombre à agir, il nous faut lutter pour des revendications qui mettent en avant une vision alternative de la société qui place les gens et l’environnement au-dessus des intérêts et des profits des grandes entreprises.

Bien sûr, nous devons nous mobiliser pour vaincre la multitude d’attaques de Trump et des Républicains, pour défendre les gains du Affordable Care Act (également connu sous le nom d’Obamacare) et pour défendre les écoles publiques.

Mais cela doit être lié à la défense de revendications audacieuses capables d’inspirer les masses avec la promesse d’une amélioration considérable de la qualité de vie, à l’instar de ce que Bernie Sanders avait popularisé :

  • Medicare (assurance de soins de santé) pour tous;
  • 15 $ de salaire minimum par heure pour tous les travailleurs;
  • Enseignement supérieur gratuit;
  • Taxer les riches pour financer un vaste programme de travaux publics pour créer des emplois et reconstruire l’infrastructure, développer l’énergie verte et le transport en commun; etc.
  • Black Live Matter! Stop à la brutalité policière et au racisme d’Etat.

Le programme audacieux de Bernie Sanders avait inspiré l’enthousiasme de millions de personnes, en particulier parmi la jeunesse. Les timides propositions respectueuses des entreprises d’Hillary ont échoué à les mobiliser.

Ce week-end doit être considéré comme un point de départ. Comme prochaine étape, nous pouvons faire de la journée du 8 mars, la Journée internationale des femmes, un défi contre Trump, la misogynie dégueulasse et le sexisme qu’il représente, une journée d’action de masse et de protestations en défense des services publics d’aide à domicile et contre toutes les formes de violences sexuelles.

Le 1er mai est la Journée internationale des travailleurs et une journée de manifestations de migrants. Notre objectif devrait être de réunir des millions de personnes dans les rues et de construire une vague massive de manifestations pour les droits des migrants et contre le racisme. Il nous faut prendre exemple sur le mouvement de grève de masse de travailleurs immigrés de 2006 qui avait repoussé un projet de loi anti-migrants.

Ces luttes nécessitent l’unité la plus large possible dans l’action de la part de toutes les forces prêtes à lutter sérieusement contre Trump et la classe des milliardaires. Les organisations syndicales, de migrants, de femmes, pour les droits civiques, environnementales,… partisans de Sanders, Démocrates progressistes, membres du parti Vert et socialistes,… Il nous faut tous nous réunir. Mais il est évident qu’il existe des différences politiques majeures de stratégie et d’intérêts sociaux dans ce mouvement.

Notre mouvement doit se baser sur les besoins de la lutte contre Trump et la classe des milliardaires. Nous ne pouvons pas le laisser être subordonné ou restreint aux limites de ce que la direction capitaliste du Parti Démocrate permettra.

Rappelons-nous quand Obama est entré en fonction en 2009. Il disposait d’un soutien populaire massif. Les Démocrates avaient une majorité au Sénat et à la Chambre. Pourtant, les Républicains ont réussi à combattre sans relâche Obama, en bloquant une grande partie de son programme.

Les Démocrates au Congrès peuvent sérieusement entraver une bonne partie de l’agenda politique de Trump. Les Républicains n’ont qu’une faible majorité de 52 sièges au Sénat. Trump ne sera pas en mesure de nommer une ordure de droite à la Cour suprême si les Démocrates se tiennent fermes et l’en empêchent.

Mais le feront-ils ? Malheureusement, l’expérience récente n’inspire pas confiance envers le Parti démocrate, en particulier envers les politiciens pro-capitalistes qui dominent le parti. C’est ce que nous avons vu avec le lâche refus de la grande majorité des Démocrates du Congrès de contester les résultats de cette élection au cours de laquelle des votes ont été ignorés.

Je salue la position des Démocrates élus au Congrès qui ont décidé de ne pas assister à la prestation de serment de Donald Trump, mais nous devons reconnaître que la majorité de leurs collègues a refusé de faire pareil. La décision la plus scandaleuse fut toutefois le choix récent de 13 Démocrates de rejoindre les Républicains dans le bardage avec Big Pharma (les grandes entreprises pharmaceutiques) contre les travailleurs ordinaires.

En tant que socialiste, je ne pense pas que le Parti démocrate représente le genre de direction combative dont la classe ouvrière et le mouvement social en général ont besoin pour affronter un ennemi aussi impitoyable que Donald Trump. Les travailleurs et les 99% ont besoin de construire leur alternative politique contre les Républicains et les Démocrates acquis aux intérêts de Wall Street. Il nous faut notre propre voix politique !

Il nous faut un nouveau parti politique qui rejette les donations des entreprises et se base plutôt sur le financement et le soutien actif des travailleurs et des organisations progressistes. Un parti démocratique organisé par la base, qui lutte sans réserve pour les intérêts des 99% et contre les grandes entreprises. Un parti qui présente des candidats anticapitaliste partout aux États-Unis.

Je reconnais que de nombreux militants honnêtes tentent de ‘‘récupérer’’ le Parti démocrate, à la
suite de Bernie Sanders. Nos différences ne devraient pas nous empêcher de travailler ensemble pour construire la plus grande lutte dans les rues contre Trump et la classe des milliardaires, tout en continuant à avoir un honnête débat au sujet de la stratégie dont nous avons besoin.

En ces temps difficiles, j’ai beaucoup d’espoir envers le nouvel esprit de rébellion que l’on trouve chez les jeunes. Le plus important est le soutien croissant pour l’idée du socialisme, des milliers de personnes rejoignant des organisations socialistes à travers le pays. La raison derrière cela n’est pas un mystère: le capitalisme est un système en faillite. Donald Trump est une expression particulièrement répugnante de la nature prédatrice du système capitaliste lui-même.

Il a été dit cette semaine que 8 personnes – seulement 8 personnes – possèdent maintenant plus de richesses que la moitié de la population mondiale. Nous avons également constaté que les températures mondiales, pour la troisième année consécutive, ont cassé tous les records précédents – que la catastrophe climatique continue d’avancer rapidement.

Nous avons besoin d’une société radicalement différente.

Nous avons besoin du socialisme.

Le socialisme signifie une société dirigée par et pour les travailleurs, plutôt que la classe des milliardaires.

Une société où les grandes entreprises sont sous propriété collective afin que nous puissions planifier démocratiquement comment utiliser les ressources de la société pour répondre aux besoins humains.

Une société égalitaire, à la place que la prédatrice et sanglante concurrence capitaliste.

Une société basée sur la coopération internationale plutôt que le vil nationalisme que Trump est en train de promouvoir.

Il y a quelques jours, nous avons célébré la journée Martin Luther King. Dans ses dernières années, Luther King se tournait vers le socialisme. En 1966, il a dit: ‘‘Vous ne pouvez pas parler de résoudre le problème économique du noir sans parler de milliards de dollars. On ne peut pas parler de mettre fin aux bidonvilles sans d’abord dire qu’il faut s’ne prendre aux profits. (…) Il doit y avoir une meilleure répartition de la richesse et peut-être que l’Amérique doit avancer vers un socialisme démocratique.’’

Sœurs et frères, un autre monde est possible. J’espère que vous nous rejoindrez dans la lutte pour un avenir socialiste. Il n’y a pas de temps à perdre. Mobilisons-nous !